– MATRIARCHE –

par lamaudlamaud

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Un braquage tourne mal, une fusillade éclate… Dans un parloir de prison, le face à face entre une mère et son fils va permettre d’éclairer les événements passés…

EN TÊTE À TÊTE AVEC GUILLAUME PIERRET

1. Comment en es-tu venu à la réalisation ?

Réaliser des films, c’est une obsession que je me traîne depuis mes 10 ans, depuis que j’ai vu Jurassic Park en salles. Pourtant, j’avais 21 ans la première fois que j’ai tenu un camescope. On peut donc considérer que je m’y suis mis sur le tard ! Je ne sais pas ce qui m’a retenu jusque-là… Peut-être parce que lorsque j’étais ado, j’avais trop de certitudes, le sentiment que si on me filait directement 100 millions de dollars, je pourrais moi aussi réaliser un blockbuster culte. La phase d’apprentissage me paraissait superflue et abstraite, je voulais directement faire un Star Wars ou rien… Quelques années plus tard, durant l’ère post-Matrix, je me gavais de films de baston. Mon meilleur pote (Rémi Leautier) faisait du kung-fu, et voulait faire des films aussi. On s’est dit « on a des potes qui savent se battre, on a un camescope, tournons ». Et nous voilà partis filmer des combats dans les bois ! Résultat pourri, mais on était fiers de nous. Depuis, Rémi a produit et joué dans tous mes courts.

2. Qu’est-ce qui t’attire dans cet univers ?

A la base, seul le rendu m’intéressait. Voir des trucs spectaculaires à l’écran, faire le sale gosse, casser des jouets de plus en plus gros… Ça n’a pas trop changé. Mais avec le temps, tout ce qui se passe derrière la caméra me fascine de plus en plus. Le processus de fabrication, le fait de bosser en équipe, de fédérer des gens, de voir le film prendre vie au fur et à mesure. Un peu l’impression de faire partie d’une entreprise d’artisanat, dans laquelle   tous les collègues seraient des potes avec le même objectif que moi.

3. Quelles sont tes références dans ce domaine ?

J’ai un idéal de cinéma, qui me fait rêver, incarné par les Spielberg, Del Toro, McTiernan, Cameron et cie. Mais jusqu’à présent, je me suis servi d’influences plus directes pour mes propres réalisations. Comme par exemple les films de Paul Greengrass, qui semblent filmés sur le vif, ou encore la série The shield… Mais petit à petit, même si je peux donner l’impression de refaire toujours le même film, j’enrichis avec de nouveaux trucs.

4. D’où te viens ce goût pour ce genre de film ?

Si on parle uniquement en termes de films d’action, ça remonte à l’adolescence. C’était l’époque de Speed, Die hard 3, etc… Je regardais les poursuites en boucle ! C’est aussi à ce moment où j’ai commencé à aller au cinéma par moi-même, pour ingurgiter toute la vague de films catastrophe à la fin des 90’s. Mais j’ai toujours été un grand consommateur de films, du moins tant qu’ils comportaient leur lot de monstres, d’extra-terrestres, de robots, et de super-héros… La faute aux films Amblin et aux Star Wars, que je regardais à l’infini quand j’étais petit. Et c’est comme ça qu’aujourd’hui encore, je préfère regarder Pacific Rim pour la 60ème fois, plutôt que d’aller combler mes lacunes cinéphiliques.

5. Matriarche : pourquoi avoir choisi d’aborder ce thème dans ce court-métrage ?

J’avais le titre, et je savais que ça parlerait d’un braquage (fallait bien justifier une nouvelle poursuite en voitures). Donc d’une manière ou d’une autre, il fallait qu’une maman soit impliquée dans l’histoire. Avec Yvan Georges-Dit-Soudril, mon co-scénariste, on est partis de là. Pour le ton du film, notamment les dialogues entre les deux personnages principaux, je me suis pas mal inspiré de mon comportement avec ma propre mère lorsque j’étais ado. Cette ingratitude caractérisée là… Je connais.

6. Après Indemne et Surrender étiez-vous sous pression pour Matriarche ou plutôt confiant, sachant que vous étiez attendus ?

Attendus ou pas, la pression était énorme. Nos précédents films étaient tous muets, et cette fois il était temps de franchir le cap, se confronter à la direction d’acteurs. Le challenge était davantage dans les scènes dialoguées que dans l’action. Du coup, lors du casting, c’est moi qui stressait… Mais au final j’ai adoré. C’était aussi l’occasion de repousser d’autres limites, comme tourner avec une équipe pro, et des contraintes budgétaires. Grosse expérience.

 7. Quel est ton plus beau souvenir pendant le tournage ?

Je dirais la fusillade en pleine rue. Ça dure que vingt secondes à l’écran, mais c’était une première journée assez géniale. Couper un mec en deux en début de tournage, ça permet de se booster pour la suite.

8. Ta plus grande peur ou moment de stress ?

Le tournage de la fin de la poursuite, qui devait se conclure par le tonneau de la voiture de police… Problème : lors d’un plan d’insert sur une prise précédente, la voiture en question s’est éclatée. La direction était cassée, le véhicule ne roulait plus droit, et surtout ne démarrait plus ! C’était très mal parti, d’autant plus qu’il ne restait qu’une heure de soleil. Tout le monde s’est mobilisé. Les mécanos ont retapé la direction avec les moyens du bord, et on s’est servis d’une autre voiture pour la pousser et lui faire prendre de l’élan jusqu’au tremplin… Il a fallu s’y prendre à trois reprises, la vitesse n’était jamais suffisante. Angoisse maximale, car sans le tonneau, toute la poursuite était bonne à jeter. Même si on a frôlé la catastrophe, ça s’est bien terminé.

9. Vous attendiez-vous à un tel succès ? ( 11 récompenses dont le prix à NY du meilleur réalisateur)

Non, c’est une première pour nous. Heska productions a fait un super boulot de distribution.

10. Matriarche à l’origine devait-être un long métrage pourquoi ce changement ?

Après Surrender, notre précédent court, on a commencé à être approchés par des producteurs. Pour la première fois, faire un long-métrage semblait à portée de main… J’ai donc passé un an à écrire, à comprendre les rouages délicats de la production cinématographique, et à miroiter un truc qui s’éloignait petit à petit. Avec Rémi, on a fini par avoir la sensation qu’on perdait du temps sur quelque chose de trop abstrait, qui ne se ferait sans doute jamais.

On était restés trop longtemps sans tourner, alors on a décidé de prendre les devants. MATRIARCHE est né comme ça, avec une stratégie simple: tourner une grosse scène d’action par nos propres moyens, puis démarcher avec ces premières images. Ça a payé, mais on a décidé d’en faire un court, justement parce qu’il nous restait beaucoup de choses à prouver (comme je l’ai dit plus haut). Et au final, Matriarche nous sert maintenant à démarcher… Sauf que cette fois-ci, ce sera pour du long uniquement, fauché ou non.

 11. Comment s’annonce le nouveau long métrage ?

C’est maintenant que l’aventure démarre vraiment. Depuis maintenant deux ans, on a lancé plusieurs longs-métrages en développement. On met toutes les chances de notre côté, et on verra bien lequel aboutit en premier.

12. L’histoire suit-elle les traces de Matriarche ?

Pas du tout.

13. Ton actu du moment ?

Écriture intensive avec des co-scénaristes géniaux, et création d’INDEMNE Films avec Rémi Leautier. C’est notre structure de production, et on compte bien la faire chauffer cette année !

14. Le film à ne pas rater en ce moment ?

Il faut surveiller de près le premier long-métrage de Jean-Luc Herbulot, « DEALER ».

15. L’acteur à suivre ?

Sans hésiter, tous ceux qui ont participé à Matriarche, même quand ils sont cagoulés !

16. Ton film préféré ?

L’empire contre-attaque. Y’a tout dedans.

17. Un conseil pour les jeunes réalisateurs ?

Trouvez un CDI plutôt.

Capture d’écran 2014-02-10 à 16.50.15

MATRIARCHE, c’est bien sur la femme dominante d’une famille, d’un groupe, d’une meute… Mais c’est aussi la mère, celle qui est prête à tous les sacrifices, celle qui endure l’ingratitude caractérisée des siens, sans jamais abandonner. Le film explore les relations mère / fils, par le biais d’un face à face tendu, rythmé de flashs-back qui, une fois assemblés, feront bien évidemment toute la lumière sur l’intrigue.

L.M.L.M.